• Du côté de l'avenue de la République, le grand balcon de la famille Maria

     

    Vue du grand balcon sur la rue Saint-Maur  

     

    Louis Maria et Germaine Leroux se marient le 19 mars 1925 contre l'avis des parents de Louis.

    Ils sont déjà domiciliés 72 av de la République et y demeureront jusqu'à leur mort respective en 1970 pour Germaine, en 1979 pour Louis.

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille MariaMalgré cette longue durée, il n'existe presque aucune photo de cet intérieur.

    Étiennette, ma mère, se souvenait de réceptions avec des verres de cristal, de bonnes à tout faire et d'une gouvernante anglaise. Il y aurait même eu un portrait de Germaine par Van Dongen. L'appartement n'était pourtant pas très grand, situé au 5e étage sans ascenseur dans la pointe d'un immeuble au carrefour de l'avenue de la République et de la rue Saint-Maur. L'opulence n'a pas duré. Ils étaient trop dépensiers, paraît-il.

    Plus de bonnes, c'est à Étiennette et sa sœur Christiane que revient désormais le soin d'entretenir l'appartement et son mobilier Louis XVI envahi d'animaux: chats et chiens de Germaine présentés aux concours, oiseaux que Germaine envoie ses filles vendre au marché aux fleurs de l’Île de la Cité.

    Louis, très à l'aise avec les animaux, n'était pas en reste pour apporter des animaux plus ou moins inattendus. Ses filles aimaient à raconter comment il avait  jeté un orvet sur la table à manger garnie de cristaux au grand effroi des convives. Elles parlaient également d'un guépard (ou autre gros félin) et d'écureuils perchés sur les tringles à rideaux bombardant les intrus de noisettes.

     

     

      72 av.de la République, vue actuelle

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le balcon fait le tour de tout l'appartement, on y passe par des portes-fenêtres. C'est le seul endroit photographié.

    Il revient souvent dans les récits d’Étiennette et de Christiane. Du balcon, on a vue sur l'avenue de la République et la rue Saint-Maur. Elles sortent peu mais de là elles peuvent guetter les visiteurs et voir le mouvement de la rue. Du balcon, Étiennette, 12 ans, voit les manifestations de 1936 et reçoit une gifle pour avoir fredonné l'Internationale, elle voit aussi défiler les Croix de Feu.

    La seule photo de moi chez mes grands-parents est sur le balcon. Le grand balcon de l'avenue de la République est une fierté familiale.

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille MariaL'enfermement

    L'appartement est délaissé par Louis. Ses filles ne lui veulent pas d'être distrait au point de les oublier même quand ils les promène en ville. Durant la guerre, il est réquisitionné par le STO qui l'envoie en Allemagne. Germaine restée seule exerce son pouvoir sur ses deux filles qu'elle maltraite. Elles ont faim: leur ration alimentaire est donnée aux chiens. Elles font la grève du ménage pour obtenir la moitié de leur ration de sucre. Étiennette et Christiane quittent le foyer parental dès qu'elles le peuvent à la fin de la guerre. Louis est rentré mais passe son temps libre dehors, souvent chez son frère René dans son appartement parisien ou dans son manoir des Andrésis. Il y élève des abeilles.

    Germaine ne sort quasiment pas. René n'a jamais voulu la recevoir chez lui. Elle aurait pu rendre visite à ses filles mais je crois qu'elle ne l'a jamais fait. Elle reste seule au milieu d'une multitude de chats et de chiens qu'elle dit préférer aux humains.

    J'ai bien connu l'appartement. Il fallait monter 6 grands étages pour arriver à ce cinquième étage: un entresol et 5 étages. Entre chaque étage, un demi-palier avec une banquette pour se reposer. On entendait les aboiements et l'odeur des chats prenait à la gorge dès le 4e. Plus personne ne se chargeait du ménage. La saleté était telle qu'on hésitait à s'asseoir tandis que grand-mère Germaine chassait quelques chats de la table et d'une chaise pour vous faire une place.

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille MariaDu côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

     

     

     

     

     

     

    Entrée du 72 avenue de la République, la brasserie telle que je l'ai connue

     

     


     

     

     

     

     Une brasserie, "La Renaissance", occupait le rez-de-chaussée, une banque la remplace maintenant. Ma grand-mère préférait recevoir dans la brasserie sur la fin de sa vie.

     

     

                                                                                                                                Germaine me porte dans ses bras

     Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

    Après la mort de sa femme, Louis a tout nettoyé et mis du papier peint neuf.

    Un peu plus tard,  il a hébergé une jeune femme de nationalité indéterminée. Il lui demandait rien ou très peu en retour, il disait qu'elle était comme un oiseau qui avait besoin de liberté.

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

    Quand il est tombé malade, elle n'est pas allée le voir à l'hôpital et à son décès, s'est enfermée dans l'appartement, refusant tout dialogue. J'ai dû user de menaces judiciaires pour accéder aux quelques objets et meubles qu'il laissait.

    Elle aura eu du mal à y rester car les époux MARIA étaient depuis des dizaines d'années sous le coup d'un jugement d'expulsion non exécuté et étaient occupants sans titre. Le propriétaire aura certainement eu hâte de récupérer ce logement relevant de la loi de 1948.

    Du côté de l'avenue de la République - le grand balcon de la famille Maria

     

     

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